A. Othelet - président de Démocratia
Normalement, le printemps devrait démarrer, le 20 mars ou le 21 mars il me semble, cette année c’est étonnant puisqu’il commence au mois de juin et puis en plus il y a un autre événement, il y en a qui connaissent bien : c’est la coupe du monde qui démarre aujourd’hui, c’est peut-être aussi pour ça qu’on a eu du mal de mobiliser en tout cas les personnes qui sont présentes dans la salle, je pense, sont les plus motivées pour entendre parler du temps choisi.
Alors, je voudrais excuser la Maison de la Citoyenneté Mondiale qui était là avec nous cet après midi. Aussi bien son président Roger Winterhalter, que les chargés de mission avaient d’autres manifestations en parallèle et donc ils n’ont pas pu rester avec nous. En tout cas, ils sont prêts à travailler, c’est ce qu’ils nous ont dit cet après midi, sur ce dispositif pour poursuivre le travail.
On va prendre un peu le temps ce soir de nous évader vers d’autres contrées, vers un autre modèle même de société j’ai envie de dire, et pour cela on est très heureux d’accueillir François Plassard qui nous vient quand même d’assez loin puisqu’il arrive directement de Toulouse, de l’autre bout de la France. Il est, de mon point de vue, un véritable innovateur social, c’est un créateur de nombreuses idées dans le domaine du développement local, du développement durable, etc.... Mais François Plassard n’est pas seulement un praticien, puisque c’est également un théoricien qui a couché ses idées sur papier, il est auteur de plusieurs ouvrages. Nous en avons retenu deux particulièrement ce soir, celui sur « Le temps choisi » forcément, qui est sorti en 1997 et puis, plus récemment, aux éditions Yves Michel, « La vie rurale, enjeu écologique et de société » qui est paru en 2003. Alors, pourquoi ces deux ouvrages, parce qu’ils résument à mon sens la pensée de François Plassard, en venant illustrer concrètement sa vision prospective. A ce propos, en parlant de vision prospective, j’ai interrogé tout récemment Denis Clerc qui est le fondateur d’Alternatives économiques pour lui demander qu’est-ce qu’il pensait du "temps choisi" et il m’a répondu que Plassard était né 100 ans trop tôt, un siècle trop tôt sur son temps tellement l’idée était innovante, révolutionnaire, etc., alors tenez bon, encore quelques années et nous espérons que l’idée deviendra réalité. Puisse quand même l’idée se concrétiser plus tôt, et c’est l’enjeu de notre rencontre de ce soir, qui vient donc s’ajouter à cette réunion de travail de cet après midi où François nous a démontré que le temps choisi n’est pas qu’une utopie, le dispositif a fonctionné concrètement dans d’autres territoires, notamment en Rhône-Alpes et en Italie. Nous sommes, La Maison de la Citoyenneté Mondiale et Démocratia, des militants du développement durable, de l’économie solidaire et de la démocratie participative et c’est pour cela que nous avons fait ce pari de mettre en œuvre ce dispositif tellement il répond aux enjeux de demain. Pourquoi ? Parce que de notre point de vue, on ne peut faire l’impasse sur la réalité de l’évolution de la population qui plafonnera à 9 milliards d’individus vers l’horizon 2050 et le temps de partager encore plus le travail sera une nécessité. On ne peut faire l’impasse sur l’augmentation de la demande citoyenne d’intervention dans l’espace public, mais du manque parallèle de temps pour accomplir cette volonté et le temps de la civilisation du temps libéré sera une nécessité. A l’heure d’une certaine remise en cause des 35 heures, nous pensons au contraire qu’il faut aller plus loin dans la réduction du temps de travail contraint, comme le dirait l’économiste Bernard Friot, et à l’heure du 70ème anniversaire d’un certain " Front populaire " marquant le départ de cette idée émancipatrice du bonheur du temps libéré et, enfin, plus concrètement avec la présence ici sur le territoire, au niveau local, de La Maison du Temps et de la Mobilité (qui court d’avantage après la mobilité qu’après le temps) et avec l’approche de la campagne électorale au niveau national, nous pensons que c’est le moment justement tout choisi de parler du "temps choisi". A condition, et nous l’avons bien dit cet après midi, que cette idée soit soutenue par une volonté politique ambitieuse pour accompagner le mouvement. Mais j’en ai déjà trop dit et je te laisse, François, le temps une fois encore d’exposer tes idées, ce temps, cette image mobile de l’immobile éternité comme l’évoquait Jean-Baptiste Rousseau.
F. Plassard - Bien, je suis venu vous parler d’une expérimentation qui a eu lieu de 1992 à 1994 en Rhône-Alpes et qui a était suivie par la même expérimentation à Perugia en Italie et qui est une expérimentation qui s’est arrêtée mais qui quand même est arrivée jusqu’à l’idée d’un projet de loi avec Hascoët, le ministre de l’économie solidaire, et projet de loi retiré justement au moment de 2001, des élections et c’est bien dommage parce que j’avais écrit une lettre à Lionel Jospin en disant : « Si une personne par bureau de vote avait entendu parler du temps choisi, UNE personne par bureau de vote avait entendu parler du temps choisi soit parce qu’elle pétait les plombs à trop travailler soit parce qu’elle pétait les plombs à pas du tout travailler et bien vous seriez encore président. »
Il m’a pas répondu bien sûr mais j’en suis persuadé, alors, mon itinéraire pour me présenter est un itinéraire d’ingénieur en agriculture, après agent de développement territorial pendant des années sur le massif central puis responsable du programme "Ceinture Verte" de la région urbaine de Lyon et puis détour par la création d’entreprise avec un syndicat de pécheurs et puis détour après par le ministère de la Recherche sur les bio-technologies appliquées à l’agriculture et à l’agroalimentaire.
Et puis retour au développement local ces dernières années avec un réseau d’associations qui s’appelle "Les Syllabes" qui ne sont pas présents ici en Alsace, c’était les groupes locaux en milieu rural laïque qui se revendiquaient de laïcité face à la jeunesse agricole catholique dans l’histoire du monde rural et donc là, on a accompagné 160 projets d’agriculteurs animateurs de projets locaux et puis après j’ai terminé mon dernier emploi avec un club d’élus de 37 milieux ruraux, où on recevait tous les mois 15 personnes, futurs agents de développement ou futurs animateurs associatifs que je faisais écouter, qui écoutaient 60 personnes sur un territoire pendant deux heures et demi chaque entretien « Que faites-vous et comment vous vivez votre territoire ? » et de ces entretiens non directifs, on en tirait des questions fortes, des questions d’enjeux pour le territoire et à partir de ces questions fortes, ces questions d’enjeux, on jouait des scénarios projetés dans 10 ans, avec le scénario du fil de l’eau, tout continue comme avant et le scénario de la complexité à savoir qui sait créer des liens qui ont crée des nouvelles qualités sur le territoire, voilà ça c’est mon dernier emploi. Puis après pour des histoires de fond social Européen, l’argent européen, etc., je me suis retrouvé chômeur et après 50 ans et donc comme les 408 000 chômeurs d’après 50 ans qui s’appellent des D.R.E, des Dispensés de Recherche d’Emploi, ceux que l’ANPE a désespéré de trouver des emplois à ces plus de 50 ans et donc on est dispensé de recherche d’emploi et du coup je me suis mis dans le "plein temps choisi", et dans mon plein temps choisi je monte avec 5 architectes, 3 artisans et 3 maires ruraux une démarche d’éco-hameaux qui consiste à faire libérer du foncier agricole qu’on rend constructible en s’appuyant sur la loi de Robien, etc.... Et à partir de là, d’accompagner par la formation des gens qui veulent auto-construire leur maison en milieu rural et comme ça on monte des éco-hameaux à moins de 100 000 euros la maison compris et donc des éco-hameaux avec une logique de mixité d’âge et de mixité sociale. Voilà, un petit détour rapide pour que vous sachiez d’où je parle.
Ah oui, j’ai, par aileurs, mis 12 ans à faire ma thèse d’économie à la Sorbonne et c’était un bon itinéraire parce que ça m’a permis d’aller "enquiquiner" tout un tas de gens parce que quand vous dites : « Je suis un pauvre étudiant et je fais une thèse », on vous ouvre les portes et au bout de 12 ans, mon directeur de thèse René Passet, l’auteur de « L’économique et le vivant », m’a dit : « Ecoute François il faut que tu transformes parce que 12 ans ça suffit ! » et je dis quand même c’est dommage parce que je n’aurais plus de carte de visite en disant : « Je suis un élève qui vient vous voir pour vous poser des questions. » Donc il faut que je trouve un substitut, il faut que je trouve autre chose, je sais pas, une autre thèse ou je sais pas quoi, enfin bref ! Pour continuer à, en même temps, faire sur le terrain et notamment auto-bâtir puisque c’est mon projet d’auto-bâtir, on a 5 éco-hameaux qui sont en cours d’auto-construction et en même temps continuer à réfléchir. Alors venons-en au sujet de ce soir qui est "le temps choisi, pour partager le travail autrement". Alors il y a deux manières d’aborder un sujet, soit on commence par le comment, la plomberie, le comment ça marche, quand on achète un objet, il y a ceux qui ouvrent, qui appuient sur tous les boutons de la machine à laver, du robot etc., pour essayer de comprendre comment ça marche et puis il y a ceux qui commencent par lire la notice mais je pense qu’il y a plus de gens qui commencent à appuyer sur tous les boutons pour voir comment ça explose et puis après qui, si ils ont pas tout compris, ils vont voir la notice ! Alors on va commencer par le comment après on fera le pourquoi, ça vous va ?
Donc commençons par le comment : et bien le comment c’est donc en 1992, Jacqueline, avocate, qui vient nous voir et me dit : « Il y a 10 ans j’ai perdu un fils qui était malade, condamné à l’hôpital et moi je veux me mettre à mi-temps, moi avocate, à mi-temps pour jouer avec des enfants dans les hôpitaux, c’est ça qui fait sens dans ma vie, c’est jouer avec des enfants dans les hôpitaux, donc à mi-temps ça me plairait bien. » Et à ce moment là, l’université citoyenne du temps choisi lui donne un chèque de 3 700 francs net par mois pour compléter son demi salaire d’avocate, donc demi-salaire plus 3 700 francs net par mois et voilà qu’elle se met à jouer avec des enfants malades dans les hôpitaux.
C’est Anne-Marie qui est secrétaire dans une association et qui demande à son président de se mettre à travailler à mi-temps et donc comme elle, elle touchait 3 200 francs de demi-salaire, donc elle se retrouve avec un demi-salaire de 3 200 francs plus un chèque de temps choisi de 3 700 francs net par mois et elle, son projet de temps choisi, c’est la passion des abeilles. En discutant avec elle la passion des abeilles, je lui dis : « Plutôt que de devenir apicultrice avec un camion et 400 ruches toute frêle comme t’es, la passion des abeilles, ça peut être expliquer les abeilles aux enfants. » Donc elle monte un rucher-école pour enfants avec un jardin mellifère pour sa passion des abeilles.
Et puis c’est Fatia d’un village de Kabylie, qui monte avec des gens de la banlieue de Vaulx-en-Velin une vidéo sur son village d’origine, et qui est un prétexte de communication dans le village de Vaulx-en-Velin sur les Kabyles comme elle.
Et puis, c’est Jérôme qui est technicien à Rhône-Poulenc et qui lui avait une péniche depuis des années et il se demandait si il allait faire un restaurant sur sa péniche et quitter Rhône-Poulenc pour ça, on avait dit : « Hou la la ! Il faut 1 500 000 francs d’investissement sur ta péniche etc. ! » et du coup lui il s’est mis à mi-temps avec son demi-salaire de technicien, donc il s’est retrouvé avec 10 000 francs de demi-salaire plus 3 700 francs net de temps choisi et avec sa péniche, il descend le Rhône, il a eu un prix d’ailleurs, il recevait des enfants des banlieues sur sa péniche.
Et puis c’est Gilles, animateur de radio à Lyon aussi qui monte une revue avec des gens des villages des pays de l’Est.
Et c’est une assistante sociale à Grigny, Françoise, qui dit : « Moi, assistante sociale à plein temps je pète les plombs ! Mais par contre à mi-temps, ça me plait toujours assistante sociale et donc l’autre mi-temps elle monte à Grigny un jardin avec un agriculteur bio, et des consommateurs et elle monte des paniers de légumes, avec 110 consommateurs, un peu un jardin de Cocagne.
Voilà, voilà donc ce que c’est que le temps choisi, vous savez tout, c’est le point commun, c’est évidemment de négocier avec son employeur le partage du travail, de négocier c’est un jeu à trois, un jeu à trois : l’employeur, le candidat et l’université citoyenne du temps choisi.
Donc c’est aller voir l’université citoyenne du temps choisi : « Voilà, j’ai tel projet. » et on lui dit : « Ok, ça nous intéresse, donc on va te donner un demi-salaire et tu seras, dans le cadre de l’expérimentation, salarié à mi-temps de l’université citoyenne du temps choisi et tu auras comme contrainte non pas de venir tous les matins à 8 heures du matin mais de nous exposer tous les mois où est-ce que tu en es dans le processus, dans l’itinéraire de ton projet de temps choisi et tu auras à définir un tuteur de ton choix, si pour Jacqueline, ce tuteur c’était les enfants dans les hôpitaux donc elle a choisi un tuteur médecin pour lui ouvrir la porte des hôpitaux, Anne-Marie, pour les abeilles, elle a choisi un tuteur apiculteur, etc. Et donc tous les 6 mois ton tuteur vient avec toi, et vous faîtes le bilan en cercle de où vous en êtes dans l’évolution du projet de temps choisi. Ceci dure deux ans, renouvelable possiblement deux ans s’il y a besoin et en échange tu as le chèque de temps choisi si l’entreprise a accepté d’embaucher un chômeur à mi-temps pour te remplacer, et elle gagne aussi 10% de charges sociales en moins parce que gérer deux personnes c’est un peu plus compliqué que de gérer une seule personne donc il y a une carotte en matière de charges sociales et donc voilà comment ça marche. » Le chèque de temps choisi est calculé comme étant l’économie que la société faisait sur un chômeur à mi-temps et donc cette économie que la société fait sur un chômeur à mi-temps, et bien on le transfère, c’est de l’argent passif qui devient de l’argent actif et on avait calculé à l’époque à 3 700 francs net par mois, et donc on disait ces milliards qui sont versés pour le chômage, ils servent à la demande solvable, ils servent à acheter des baguettes de pain, à acheter des factures d’électricité donc il faut pas les faire fondre, il faut simplement les transférer pour qu’il n’y ai pas baisse du pouvoir d’achat donc le chèque de temps choisi, l’homme de la rue comprend bien que le chèque de temps choisi est nécessaire pour ne pas baisser la demande solvable, le pouvoir d’achat et que le boulanger puisse toujours continuer à vendre des baguettes de pain.
Actuellement, si on considère qu’il y a 7 millions de chômeurs, c’est pas tellement la catastrophe humaine pour les entreprises, c’est qu’il y a 7 millions de personnes qui consomment très peu, et c’est un manque à gagner énorme pour les entreprises qui sont obligées d’aller chercher 7 millions d’acheteurs en Inde, en Chine ou ailleurs puisque il y a 7 millions de personnes à leurs portes qui ne consomment pratiquement pas. Voilà donc le gâchis, en terme économique, le gâchis du chômage, le chômage produit le chômage.
Alors, ça c’est ce qu’on a monté de 1992 à 1994, alors pourquoi on a monté ça ? Au début, j’étais président de cette université et puis très vite, j’ai demandé à Antoine Martin, président national de l’ANPE, conseiller de Gervais Danone et de son Président F.Riboud et proche de Martine Aubry à l’époque, de me remplacer comme président pour qu’il y ait une visibilité et une lisibilité de notre université citoyenne du temps choisi et moi, pour aller monter la même chose sur Toulouse.
Pourquoi ? On s’est retrouvé une petite équipe, d’abord 5 jusqu’à 10-12 à se retrouver toutes les semaines dans le même petit bouiboui pas cher à Lyon à louer le plus vieux cinéma de Lyon qui était le centre de l’université du temps choisi, le cinéma Lumières, et pourquoi pendant des années on a monté ça avec une équipe très différente, avec Cécile qui était au clap du monde associatif, avec Michel qui était économiste international, avec Gilbert qui était un ancien directeur de la formation professionnelle, donc des gens d’univers différents et avec eux, on a véritablement fait, véritablement monté une stratégie de communication sur le temps choisi et un petit comité de pilotage avec la direction du travail, avec les élus régionaux et donc dans la phase expérimentale, le chèque de temps choisi était payé un gros tiers par l’Europe, sur un fond Européen, un autre tiers par les conseillers régionaux et un troisième tiers par la direction du travail.
Ça c’était la phase d’expérimentation, alors pourquoi s’être lancé dans cette aventure là ? Je vais commencer par les raisons les moins sérieuses pour terminer par les raisons les plus sérieuses qui feront notre débat. La raison la moins sérieuse, c’est celle qui m’a marqué dans mon enfance parce que j’avais un grand-père qui avait fait la guerre des tranchées en Lorraine et qui m’avait expliqué comment on fraternisait dans les tranchées alors qu’on faisait la guerre et donc ça m’avait passionné parce que j’avais compris ce paradoxe qu’on appelle le "dilemme du prisonnier" et un jour, l’Italie m’appelle et me dit : « Voilà votre expérience du temps choisi, on en a entendu parlé, on voudrait que vous veniez pour deux heures nous expliquer ça à Perugia. » A l’époque, j’ai dit : « Non, moi je viens pas en train pour parler deux heures à Perugia donc je vais me déplacer par vidéo et ce qui est extraordinaire, c’est quand vous parlez en vidéo vous ne voyez pas les gens en face de vous et donc je voyais pas 420 personnes qui étaient rassemblées à Perugia et je ne le savais pas, je pensais qu’il y avait 10 personnes comme ce soir et alors là, quand vous causez et que vous voyiez pas votre public, vous êtes encore plus entreprenant et je dessine au tableau deux tranchées et je dis : « Nous on a monté le temps choisi parce que 87% de nos échanges économiques sont intra-européens et nous les français, on a décidé de gagner la guerre économique, et il y a deux manières de gagner la guerre économique, c’est évidemment de casser la gueule à l’ennemi rapidement, mais ça on ne sait pas le faire et il y a une deuxième manière, c’est le dernier vainqueur est celui qui meurt le dernier et nous les français on est sûr qu’à la guerre économique à se voler des mètres carrés de part de marché pour des jeux à sommes nulles voire des fois des jeux à somme négatives, on est sûr de mourir les derniers parce que on a inventé le temps choisi, alors c’est quoi le temps choisi et bien au lieu d’être des combattants à plein temps dans la tranchée, on est des combattants à mi-temps et à mi-temps on est beaucoup plus en forme quand on se bat à mi-temps qu’à plein temps, parce que l’autre mi-temps on est à l’arrière de la tranchée et à l’arrière de la tranchée, on développe un projet passion, un projet hobby. »
Et ce projet passion alors j’explique Jacqueline, Françoise, etc. et ce projet passion je leur dis nous en arrière des tranchées, on dit souvent avec le temps choisi, tes amis ne te demande plus ce que tu fais DANS la vie mais grâce au temps choisi, tes amis te demandent ce que tu fais DE ta vie et ça change tout parce que pour se remettre en forme, pour devenir des combattants à mi-temps ça c’est excellent, parce que un demi combattant dans la tranchée finalement c’est 0.7 combattant comme vous en face. Et donc je leur lance le deuxième slogan qui est on va donc changer de vie pour changer la vie, en Italien ça sonne merveilleusement bien et ça c’était le premier argument : nous on a gagné la guerre économique grâce au temps choisi, heureusement que personne m’a posé la question : « Vous êtes combien de combattants à faire ça ? » parce que si j’avais dit quelques dizaines, ils se seraient tous mis à rire mais comme ils pensaient qu’on était peut-être des milliers de combattants à faire ça , ils ont pris l’affaire très au sérieux et donc ils m’ont invité plusieurs fois en Italie et là j’ai causé devant 500 personnes l’après-midi, 600 personnes le soir, les élus, les syndicats, tout le monde y est passé, de Perugia à Assise et dans plusieurs endroits. Et Paola Pavesti, une femme locomotive de l’économie sociale à l’italienne me dit : « François on passe un pacte avec toi, le temps choisi en Italie sera une affaire de femmes parce que nous dans les tranchées, que tu nous as dit, nous si on partage avec les hommes le boulot de la guerre économique pour gagner des parts de marché avec le colt dans la main droite et le téléphone portable dans la main gauche pour téléphoner à son avocat en même temps qu’on tue l’autre pour piquer des parts de marché c’est l’équipement du guerrier de la guerre économique, eh bien sui nous aussi on fait ça, on va plus s’entendre avec les hommes et ça va mal se passer dans la relation homme/femme, parce que les hommes c’est des guerriers et nous on veut pas être des guerrières, et donc si on dit qu’en Italie les femmes sont les maîtresses du temps choisi qui n’est pas le temps dans l’entreprise, et qui n’est pas le temps de la famille, mais qui est le temps intermédiaire entre l’entreprise et la famille, c’est-à-dire, sur la place des villages, en bas des immeubles, dans les associations, si nous les femmes ont devient maîtresses du temps choisi, on va transformer la société. » Voilà ce que me dit Paola Pavesti, elle devient ministre des affaires sociales mais évidemment le tsunami Berlusconi est passé par là et « basta » le temps choisi ! Alors ça c’est la première raison, la moins sérieuse, c’était le temps choisi pour gagner la guerre économique.
La deuxième raison qui n’est pas très convaincante aussi c’est que en 1945 on était à 60 heures de travail par semaine, et que on est passé rapidement du temps de De Gaulle de 60 à 40 heures et c’était tout à fait normal, tout le monde avait bien accepté qu’on travaille de 60 à 40 heures, 20 heures de moins, tout le monde trouvait ça très bien. Et puis arrive Mitterrand qui péniblement fait passer de 40 heures à 39 heures alors là, je ne vous dis pas le nombre de conflits, d’écrits, etc. Ce scandale 40 heures à 39 heures et puis après de 39 heures à 35 heures ! Encore pire avec Martine Aubry etc. « Oh la la ! Mais qu’est-ce qu’il se passe ?! »
Et exacerbation, pourquoi ? Parce que ce qui devient rare, devient cher et que si de 1975 à maintenant on produit deux fois plus de richesses avec un tiers de travail en moins, si on est passé de 5 000 heures travaillées par an au moment de 1800, au moment de Jaurès quand on parlait à table, au moment du plus fort du début de la société industrielle, au moment où moi mes ancêtres étaient dans les mines de charbon 5 000 heures, c’était pas rien, ça voulait dire qu’on voyait jamais le jour, qu’on rentrait dans la mine il faisait nuit, on sortait il faisait nuit. Et mon père travaillait encore 2 700 heures pour aller dans la mine et maintenant on est à 1400 heures et si on partageait avec les chômeurs, on serait pas à 1 400 heures, on serait à 1000 heures, or, 1 000 heures c’est exactement le nombre d’heures que travaillaient les hommes pendant les 4 siècles qui ont précédés la société industrielle. Donc finalement 1 000 heures c’est une bonne norme biologique si elle a été stabilisée pendant 4 siècles et que notre folie industrielle ne s’était tout un coup survalorisé le travail et bien justement nous râlons pour les 35 heures pourquoi ? Parce qu’on est des drogués du travail et nous les français, on est tellement drogués du travail qu’on a le record de la productivité du travail au monde par individu mais pas le record de la productivité du travail collectivement, mais par individu, parce que évidemment on a des chômeurs et donc ça fait baisser notre productivité collective mais on est les meilleurs en productivité individuelle, ça veut dire que ça a un prix et le prix de l’année dernière, mon beau-frère travaillant à la sécurité sociale au ministère de la santé me dit le rapport officiel c’est : une femme sur trois qui est malade par le stress, par la drogue, par les médicaments, qui est malade de trop travailler et un homme sur cinq, donc ça coûte cher la drogue du travail, ça coûte peut-être plus cher que la drogue du tabac.
Donc, comment sevrer les gens qui se "shootent" à cette drogue qui s’appelle le travail ? Et qui, tous les jours, disent à leurs voisins : « Oh la la ! Aujourd’hui qu’est-ce que j’ai travaillé, qu’est-ce que j’ai été dans l’urgence !!! » Et puis même si ils travaillent pas beaucoup, il faut qu’ils disent qu’ils travaillent beaucoup parce qu’on est dans la religion du salut et du sacrifice, et comme on est dans la religion du salut et du sacrifice, si on veut être considéré par les autres, il faut qu’on montre qu’on vient en se sacrifiant pour avoir le salut terrestre ou le salut céleste. Et ce qui est donc la preuve que l’économie du marché est devenue une religion du salut et du sacrifice -donc il faut l’appeler le monothéisme du marché- et dire, il n’y a pas trois religions monothéiques, l’Islam, la Chrétienté, non, non, il y en a quatre ! La quatrième c’est le monothéisme de marché. Et quand même le président des banques disait en public « le capitalisme de marché est le meilleur des systèmes de société, le plus proche du royaume de Dieu » en public !!
Donc, vous voyez bien qu’il y a quelque chose de l’ordre du sacré, quelque chose de l’ordre du sacrifice et du faire sacré, et sur l’autel du marché nous avons deux milliards de sacrifiés anonymes, et ces sacrifiés anonymes qui sont de deux milliards ils ne savent pas qui est le bourreau alors que dans les autres religions, le bourreau on le connaît, l’inquisiteur on le connaît, on peut le nommer mais là on a affiné une religion du sacrifice extraordinaire, c’est qu’on sait pas, je suis un mort économique mais je ne sais pas à qui la faute et il y a tout un ensemble de regards qui sont là pour me culpabiliser d’être un mort économique et ça nous sommes passées redoutables dans l’art de culpabiliser ceux qui sont exclus par la religion du sacrifice. Alors ça, c’est la deuxième idée puis la troisième idée du temps choisi, c’est qu’à partir des années 75, les indicateurs du PNUD du programme des Nations Unies pour le développement ont montré que le produit intérieur brut ne tirait plus en même temps ce qu’on est tenu d’appeler "l’indice de synthèse du développement humain", et donc il y avait découplage, déconnexion entre le PIB, le produit intérieur brut et ce que moi j’appelle le BIB, le bonheur intérieur brut donc décrochage entre le PIB et le BIB à partir des années 1975, pourquoi ? Parce que les années 75, c’est le moment où sonne une nouvelle révolution technologique de la même ampleur que celle du XIXème siècle, de la même ampleur que celle du XIIème siècle qui est une révolution technologique sur les matériaux, les nouveaux matériaux, les polymères, les élastomères, sur les robots, l’automatisme, sur l’informatique, sur les bio-technologies et maintenant sur les nanotechnologies et qu’à partir des années 75 la productivité augmente plus vite que la croissance et qu’à ce moment là, le contrat social il change de nature, le contrat social c’est quoi ?
Si vous faîtes un peu d’économie, ce qu’on appelle l’économie politique c’est le débat éternel et incessant entre ceux qui disent qu’il faut plus de marché au nom de la liberté puisque Hegel disait que le marché, la monnaie c’était de la liberté frappée et quand on quittait les campagnes où on vivait de l’échange communautaire et qu’on arrivait dans les villes où on voit personne, et où vous voyez tout le monde et personne vous voit, le statut du voir des villes alors qu’à la campagne tout le monde vous voit, et que vous avez de l’argent en poche, quel pouvoir cet argent ! Quel sentiment de liberté avaient les femmes d’arriver à la ville avant les hommes, avec l’exode rural, on a le sentiment que l’argent c’était la liberté et donc dans l’imaginaire collectif "liberté" et "marché"ça va ensemble.
Evidemment on a inventé l’Etat puisqu’on a coupé la tête au Roi et on a dit le pouvoir du peuple va réguler la logique du marché, on sait que le marché il externalise les coûts sociaux, environnementaux, c’est-à-dire, comme on dit à la campagne on privatise les bénéfices et on mutualise les coûts, et donc on sait très bien que le marché a cet art là, d’externaliser les coûts sociaux, environnementaux donc il faut bien que l’Etat soit là pour compenser les dégâts et puis on sait bien aussi que le marché il a l’art de creuser des trous pour les reboucher, c’est-à-dire, il a l’art de créer des problèmes pour pouvoir les résoudre, ça c’est fabuleux le génie du marché de créer des problèmes pour pouvoir les résoudre, et ça évidemment, il faut bien qu’il y ait l’Etat qui soit là pour compenser parce que on voit bien que le marché c’est une machine à concentrer la puissance et la richesse sans savoir la redistribuer et il faut qu’il y ait l’Etat qui redistribue ce que le marché concentre sans savoir redistribuer et puis en même temps on sait très bien que le marché ça marche tant que l’offre est inférieure à la demande mais dès que l’offre devient supérieur à la demande, c’est une catastrophe le marché, plein d’économistes, l’ont dit et redit et redit encore une troisième fois.
Alors, le couple Etat/Marché, Liberté/Egalité c’est de l’économie politique et on dit bien voilà Si on est plus pour un dosage d’état, non est à gauche, si on est plus pour doser un peu plus le marché, on est à droite, encore hier soir j’écoutais le débat Hollande, la ministre de l’armement et puis il y avait Besancenot etc. Hollande disait : « Il faut que l’état relance la croissance donc on va relancer le pouvoir d’achat comme ça on va relancer la croissance et nous on va faire mieux qu’à la droite parce que grâce à l’Etat on va mieux accoupler la liberté et l’égalité, le marché et l’Etat. » Et puis évidemment l’autre disait : « Mais non, mais non, mais non !! Vous vous rendez compte moins y’a de charges, moins y’a d’impôts, mieux les entreprises se portent et donc il faut absolument que le marché soit libéré, mondialisé, et que l’Etat ça serve simplement à mettre des gendarmes et des policiers dans les banlieues pour mater les banlieues etc. Et voilà donc le débat et personne n’a eu l’idée de dire oui mais y’a-t-il autre chose que l’Etat et le marché ? Est-ce que la société c’est autre chose que l’Etat et le marché ? Alors je fais juste un petit dessin et juste un pour qu’on l’aie bien en tête, eh bien vous voyez bien que la société Etat/Marché :
Je mets ici le marché au nom de l’égalité autre nom de la liberté, et l’Etat au nom de l’égalité donc la tension a bien marché, donc derrière ça y’a le contrat social, capital, travail. Ça a relativement bien marché durant les Trentes glorieuses où les syndicats heureusement étaient là pour qu’on redresse, on redonne du pouvoir d’achat qui permettait au capital de mieux se comporter ainsi de suite, et l’un a nourrit l’autre qui a nourrit l’autre, qui a nourrit l’autre pendant le contrat social de 1945 à 1975, ce contrat social étant rompu, eh bien à partir de 75 jusqu’à maintenant ,la croissance est de +22% du revenu du capital et le travail de -17%.
Voilà notre contrat social, depuis les années 75 c’est la victoire du capital face au travail et donc déséquilibre mondialisation et le marché prend sa liberté, et le débat de nos présidentielles, c’est le dosage entre l’Etat et le marché mais personne ne dit qu’il y a un troisième système d’échange qui est le don et la réciprocité vous aller comprendre pourquoi le temps choisi.
Le don et la réciprocité ça vient d’où, eh bien, la semaine dernière j’étais au festival de la "non-violence" à Toulouse : 5 000 personnes et je fais un exposé sur "la bourse ou la vie où se trouve la richesse ?" et en fait j’explique que AZF quand ça a explosé à Toulouse, quand on a failli rayer Toulouse de la carte puisque y’a 400 tonnes de nitrate qui ont explosé y’avait 1 200 tonnes à côté qui étaient à 10 mètres qui n’ont pas explosé, et à ce moment là si 1 200 tonnes explosaient y’avait le gaz Fogen, le gaz moutarde de la guerre de 14 qui explosait, et à ce moment là y’avait plus un seul Toulousain sur la planète et donc on a eu peur et qu’est-ce qu’on a fait dans les minutes qui ont suivi l’explosion et bien j’ai dit : « Est-ce que quelqu’un a appelé son banquier ? »
Personne, tout le monde a appelé ses proches et donc en fait quand on est proche de la mort, vous avez deux types de gens, vous avez ceux pour qui la mort est une catastrophe, et donc la vie n’est qu’une lutte « Survive for the life » et à ce moment la vieillesse n’est qu’un naufrage et vous avez un autre type d’individu qui n’a rien à voir avec les religions et les croyances religieuses, c’est les gens pour qui la mort est une initiation, la vie n’est qu’un passage et la vieillesse une sagesse. Et donc on voit bien que pour ce deuxième type de personne, juste avant la mort, elles vont évaluer quoi ? Ce qu’elles ont appris à donner parce qu’elles vivent le paradoxe du don que "J’ai ce que je donne" or qu’est-ce que le don ? disent certains "l’élan de l’âme, défi de la raison" et le don c’est notre héritage de moins 4 millions d’années à moins 10 000 ans, le moment où on a inventé la sédentarité, l’agriculture et le meurtre de Cahin et d’Abel où c’est le sédentaire qui tue le nomade Abel. Et pendant toute cette période là, les hommes ne connaissaient pas la monnaie, ils ne connaissaient que la logique du don et de la réciprocité et qu’il y avait deux principes disent les anthropologues, le premier c’est "Je donne à quelqu’un pour qu’il donne à son tour" parce qu’il y avait cette croyance qu’avec la chose, il y avait toujours l’esprit de la chose le HAU, et que si je donnais une chose et que cette personne ne donnait pas à son tour autre chose, elle coupait la chaîne du don et à ce moment là , elle était ensorcelée ou tuée par l’esprit du don, par le HAU et donc c’était dangereux d’être ensorcelé par l’esprit du don et donc quand vous faîtes de la charité à un mendiant qui ne peut pas redonner à son tour, il est ensorcelé, il est tué par votre don, là le don est un poison.
Et donc c’est la circularité et c’est ce que nous dans les S.E.L étant un peu à l’initiative qu’un groupe de copains des systèmes d’échanges locaux en France, c’est notre premier principe, c’est un système non pas de troc mais de dettes qui circulent en différé, ce qui n’a rien à voir avec le troc et le deuxième principe aussi dans le S.E.L c’est que le lien de l’échange est aussi important que le bien, le processus est aussi important que le résultat.
Ça c’est l’anthropologie du don, alors le temps choisi vous l’avez compris c’est simplement se réapproprier l’anthropologie du don, c’est-à-dire notre héritage de moins 4 millions d’années à moins 10 000 ans puisque la monnaie est apparue à partir du moment où les communautés humaines se sont sédentarisées, que ont s’est mis à faire beaucoup d’enfants puisqu’il y avait du stockage de l’agriculture et qu’on stockait de la nourriture et à ce moment là, stockant de la nourriture il fallait se défendre contre les communautés extérieures et c’est là qu’on a crée la classe des guerriers qui après sont devenus les bourgeois, puis après les entrepreneurs , la classe des religieux, ceux qui accumulent, au début c’était les moines , les religieux et maintenant c’est la technostructure, c’est l’Etat et puis le troisième pôle qui n’est pas les guerriers qui n’est pas le pôle du religieux, de l’Etat mais qui, c’est la société civile qui travaille et donc Dumézil l’a montré, nos sociétés Indo-Européennes sont toujours tri-polaires et donc quand elles changent c’est qu’il y a deux pôles qui s’allient contre le troisième. Quels types de changements pourrons-nous voir dans les prochaines années, est-ce que les sociétés changent ou et comment elles changent ?
Et donc je vais terminer là dessus, pour moi, le premier scénario, on s’obstine dans la dialogie dirait Edgar Morin, la dialectique Etat/Marché, c’est-à-dire qu’on s’obstine dans la croissance, de la marchandisation de l’espace à l’échelle de la planète, la marché s’est mondialisé dans l’espace mais il s’est surtout développé dans le temps, il a conquis les moindres minutes de chacun de notre vie, d’ailleurs le fin du fin du marketing c’est le
(Changement de cassette)
(...)Plein d’années à vivre statistiquement et comment je vais pouvoir « marchandiser » les journées, les heures qu’il me reste à vivre pour que, eh bien, le fait d’aller faire pipi il faut mettre une pièce là, le fait de se déplacer ça devienne une prestation d’agence de voyage, le fait d’aller d’un endroit à l’autre ça devient une prestation de quelqu’un d’autre, etc. Donc comment marchandiser le temps ? C’est ça la logique du marché, puisque le marché ne peut pas s’arrêter et donc le temps choisi c’est évidemment remettre le marché à sa juste place, c’est remettre le PIB à sa juste place et pour remettre le PIB, le marché à sa juste place, il faut sortir de notre névrose du travail et là il faut se réapproprier l’échange de don et de réciprocité et je prendrais une image qui m’a plu en lisant Hubert Reeves, une analogie intéressante qui disait : « Il y a 3 forces dans l’univers : la loi de Newton, l’attraction universelle qui a permis à l’hélium de s’agglomérer et de faire des nuages, des grumeaux dans l’univers, et puis il y a la loi, la force nucléaire qui a permis des 47 éléments, l’oxygène, le carbone, l’azote, etc. de la table de Mendeleïev et puis il y a la force magnétique qui a permis la biologie, qui a permis le vivant et qui dit dans « Patience dans l’azur » si chacune de ces forces étaient allées jusqu’au bout de sa logique, il n’y aurait dans l’univers que des atomes de fer et des trous noirs.
Alors par analogie il dit : « nous connaissons trois systèmes d’échanges de part notre histoire d’hommes de 4 millions d’années, nous connaissons l’anthropologie du don, le don et la réciprocité , le marché et l’Etat qui prélève et qui redistribue et nous savons que chacun à lui seul est un totalitaire, est un totalitariste et donc comment faire pour éviter le totalitarisme d’Etat, on le voit, on l’a vu avec le totalitarisme du prolétariat, comment faire pour éviter le totalitarisme du marché, c’est ce qu’on est peut-être en train de vivre avec la mondialisation et là c’est de l’ordre de la religion du sacré qui fait 2 milliards de sacrifiés anonymes et qui exclut de plus en plus de monde du casino du grand marché et comment faire aussi pour éviter le totalitarisme du don et de la réciprocité dans des communautés fermées et closes sur elles-mêmes, non ouvertes ? Donc finalement le programme politique c’est comment combiner les trois systèmes d’échange et dire que la richesse c’est l’échange mais optimiser l’échange c’est optimiser les trois systèmes et pas simplement l’Etat et le marché, voilà donc le temps choisi c’est revenir à une vision de l’économie politique en disant : « La richesse de l’homme, être social c’est d’échanger et ce qu’il faut optimiser c’est les trois pôles et non pas deux pôles en épuisant un troisième et faire apparaître des biens de marché au nom de la liberté, des biens publics au nom de l’Etat et des biens communs au nom du don et de la réciprocité et donc dans le don et la réciprocité on est riche de sens et on est riche de liens.
Alors, ça c’est l’idée qui me paraît importante parce qu’elle va dans le sens de ce que disait John Keynes, John Keynes qui nous a sorti de la crise des années 30 disait : « Quant l’agriculture, la productivité du travail dans l’agriculture se déverse dans l’industrie et donc comme ça l’industrie pouvait consommer la main d’œuvre issue de l’agriculture et pour faire ça , il fallait moderniser l’agriculture et quand la modernisation de l’industrie par les robots, par l’automatisme eh bien se déversera dans ce qu’on appelle le tertiaire ou les services et on voit bien que l’emploi industriel a décliné structurellement et déclinera toujours davantage et même le comité Européen de prospective prétend que d’ici 10 ans il y aura plus un seul emploi industriel dans l’Europe de l’Ouest, dans l’Occident Européen, à cause de l’Inde et de la Chine et donc quant la productivité du travail va s’installer dans les services et dans les services on s’échange quelque chose d’une autre nature, on s’échange pas des objets, dans les services on s’échange du lien donc quant on va mettre de la productivité dans les banques et les assurances avec de la monétique avec de l’informatique, on voit bien même pour prendre le péage, y’a même plus besoin de gens, etc. Eh bien dans quoi va se déverser ? Dans quoi va-t-on déverser les excédents de main d’œuvre et là John Keynes disait en 1936 : « Quand mes petits-enfants seront dans la productivité de la société de services ils vivront une grande dépression nerveuse collective dont ils ne pourront se sortir que par une révolution culturelle ». Alors, nous qui sommes les petits-enfants de John Keynes, nous qui cherchons des solutions dans le dosage Etat/Marché, nous qui entendons des débats électoraux qui sont des débats de gestion et où finalement on sait très bien que demain, les activités humaines vont être de cet ordre :
L’éducation, la santé, l’environnement et croyez moi avec le changement climatique, etc. ça va donner, je rajouterais la culture, je rajoute les services relationnels de proximité avec les personnes âgées, je rajoute l’agriculture multifonctionnelle de proximité parce que l’autre va se déplacer évidemment vers les pays de l’Est et mettre 11 millions de petits paysans des pays de l’Est au chômage ou dans nos bidonvilles et puis je rajoute la sécurité puisqu’en période de transition, c’est la peur qui se développe.
Là, j’ai 95 % des activités humaines de demain, on voit bien que par nature ces activités humaines de demain eh bien, par nature si elles se contentent de la relation fournisseurs/clients, elles sont bien pauvres, si elles se contentent de la relation prestataires/usagers, elles sont bien pauvres aussi et là dans le don c’est une relation de personne à personne, où chacun est tour à tour enseignant-enseigné, formateur et formé, offreur et demandeur, etc.
Donc, on voit bien que dans ces types le passage d’une économie du bien, de l’objet à une économie du lien par nature, nous fais redécouvrir l’intérêt de combiner, de doser au cas par cas, de combiner ces trois types d’échanges et pour combiner au cas par cas ces trois types d’échanges, il faut un transfert qui est celui du temps choisi, c’est-à-dire il faut que le travail donne un revenu et donne une reconnaissance sociale ça c’est une théorie du sacré, on voit bien qu’il faut découper travail et revenu et travail et reconnaissance sociale. Et qu’il faut, à la place du travail contraint, du tripalium, l’engin de torture, il faut un autre triangle où le travail devient l’œuvre, qu’il y ait un revenu et une reconnaissance sociale, le temps choisi, c’est simplement une substitution du triangle travail, revenu, reconnaissance sociale en règle revenu et reconnaissance sociale.
C’est rien d’autre que le testament que m’a passé quelqu’un que j’adorais et qui est mort en 1997, et ce testament qu’il m’a passé à Toulouse, je vous le lis en son honneur, c’est Castoriadis qui m’a passé en 1996 ce testament :
« Ce qui est requis est une nouvelle création imaginaire sans pareille dans le passé, une création qui mettrait au centre de la vie d’autres significations que l’expansion de la production et de la consommation, une création qui poserait des objectifs de vie différents pouvant être reconnus par les êtres humaines comme valant la peine, telle est l’immense difficulté à laquelle nous avons à faire face, nous devrions vouloir une société dans laquelle les valeurs économiques ont cessé d’être centrales, où l’économie est remise à sa juste place comme simple moyen de la vie humaine et non comme une fin ultime dans laquelle on renonce à cette course folle vers une consommation accrue, cela n’est pas seulement nécessaire pour éviter la destruction définitive de l’environnement terrestre mais aussi et surtout pour sortir de la misère psychique et morale des humains contemporains. »
Voilà ce que disait Castoriadis en 96, en revenant à Toulouse et il croyait pas si bien dire c’est que en fait pour moi et je conclurai là dessus, je dis depuis 96 on a conscience de deux types de changements de la société, je prendrais deux images, soit Le Titanic, soit la Métamorphose, je laisserai tomber "la révolution du grand soir".
Le Titanic, c’est trois icebergs : la crise sociale qui est la crise du contenu donné au travail, la crise du lien social, évidemment puisqu’on a épuisé la sphère du don, le petit prince de Saint Exupéry disait : « Les hommes n’ont plus d’amis puisqu’ils échangent les choses toutes faites chez le marchand. » C’est donc bien en marchandisant les choses qu’ils n’ont plus d’amis et donc comme ils n’ont plus d’amis, ils ont peur de l’autre et au niveau du CNUD la dépense militaire, elle est de 1 000 milliards de dollars, donc la plus grande dépense des humains sur la terre, c’est la dépense de la peur de l’autre, 1 000 milliards de dollars ! Mais comme ils n’ont plus d’amis, ils fuient dans la drogue et là, la drogue, c’est pas 1 000 milliards, c’est 500 milliards de dollars et puis la séduction qu’est la publicité, c’est encore 500 milliards de dollars donc vous voyez 1 000 + 500 + 500, ça fait 2 000 milliards de dollars de dépensés pour du mal-être or pour notre toit, pour notre nourriture, on en dépense que 117 et il en faudrait 50 milliards pour que chaque humain ait de l’eau potable qu’on a plu. Eh bien on ne trouve pas les 50 milliards alors qu’il y en a 2 000 qui servent à se séduire, à avoir peur ou à fuir dans la drogue, donc vous voyez bien que le Petit Prince, il dirait : « Mais vous êtes fous sur la petite planète ! »
Et donc je vais dire que Le Titanic c’est une bonne image, pour deux raisons : moi, j’avais écrit un conte qui avait été repris par Nicolas Hulot qui m’avait téléphoné en disant : « J’ai trouvé ça sur le net, est-ce que je peux reprendre votre conte et reprendre l’image du Titanic parce que j’écris un livre et je voudrais l’appeler "Le syndrome Titanic", bien sûr toutes les idées sont à tout le monde et donc il a repris ça, il a pas bien mis en valeur l’enseignement du Titanic, l’enseignement du Titanic c’est :
Première chose : c’est que le bateau il est puissant et fort, et que le développement durable, c’est simplement aller plus lentement vers les trois iceberg, la crise social, la crise écologique et la crise monétaire, ça c’est les trois icebergs qui sont en face du Titanic. La crise écologique c’est la crise du changement climatique, et Dieu sait qu’on en parle, c’est le pic pétrolier à 2015 et c’est la crise de la bio-diversité et puis le crack monétaire, Dieu sait qu’on en parle aussi puisqu’on sait pas comment cette bulle monétaire, qui n’a plus rien à voir avec l’échange de biens et de services, si un jour elle se dégonfle, eh bien, là ça va être un peu de panique, donc on sait pas laquelle des trois crises va interagir la première sur les deux autres mais dans le Titanic, l’enseignement, c’est que premièrement il ne s’agit pas de ralentir les moteurs, il faut changer de direction et que pour moi, le développement durable sur le comment on produit de manière avec la planète , c’est simplement ralentir les moteurs du Titanic, c’est-à-dire retarder le moment où on va droit dans le mur, donc est-ce qu’on fait pour changer de direction ?
Et le deuxième enseignement, c’est que dans le Titanic, il y a une injustice sociale terrible, c’est que on est plus dans la même justice quand on est en première classe à boire du champagne et à chanter "Tout va très bien Madame la Marquise" et en disant : « Avec plus de technologies, avec plus de fuites en avant, on s’en sortira. » Ca c’est ceux qui sont en première classe, ils sont dans le déni, ils nient le réel, ceux qui sont dans la deuxième classe, ils sont dans la colère, c’est souvent des universitaires qui disent : « Oh là là ! On va droit dans le mur, y’a plus de pilote dans l’avion et des milliers de bouquins sortent ! » Mais en même temps on prend l’avion pour dire que évidemment, il faut plus prendre l’avion, en même temps on voit bien toutes les contradictions et puis la troisième phase du deuil, de la logique du deuil après le déni et la colère, et dans tout deuil, la troisième phase, c’est l’irrationnel et là Saint Jacques de Compostelle à quatre pattes, on invoque les fantômes, on invoque l’irrationnel et Jésus vient, il va nous sauver et puis après il y a la dépression, et là la dépression c’est terrible, parce que évidemment on veut tous mourir ensemble et donc après moult déluges, et si je dois mourir, il faut que ma famille et tout le monde meurt avec moi en même temps et après arrive l’axe dépression. Ces cinq étapes psychosociologiques sont peut-être les cinq étapes que nous sommes en train de vivre ça c’est si je prends la métaphore du Titanic.
Mais si je prends la métaphore d’un autre type de changement qu’est la métamorphose, qui est une autre logique. Dans la métamorphose en biologie, eh bien, le système immunitaire il s’inverse et à ce moment là il y a des logiques de régressions qui recréaient des logiques de reconstruction, nous serions aménosés de logiques régressives qui voient produire du vide, de la vacuité pour de la reconstruction, ce que Patrick Viveret appelle de la régression émotionnelle collective ou de la dépression nerveuse collective, nous sommes peut-être en pleine régression émotionnelle collective et là c’est très grave parce qu’il peut se passer plein de choses, nous l’avons été en 1930 et ça a donné la guerre qui était la solution à la régression émotionnelle collective donc il faut se méfier, une bonne guerre et ça repart ! Et comme ça, on peut repartir dans les religions du syncrétisme et du salut avec la croissance, méfions-nous de ça et dans les années 30-36 on disait, des amis allemands parce que nous dans le sud de la France, on est envahi par des Anglais, les Allemands et les Hollandais, on disait : « Moi, je me souviens, mon père disait qu’il votait pour Hitler parce que c’était tellement absurde. »
Eh bien que en faisant le vote de l’absurde comme ça il y avait un vrai changement de société et beaucoup de gens votaient Hitler justement parce que ils disaient comme ça il y aura une vraie rupture eh bien évidemment c’est mordu, c’est ce que me disaient des Allemands l’autre jour, parce que ils disaient, sinon on comprendrait pas pourquoi il a eu tant de voix et donc ça c’est les possibilités de la régression collective et dans l’Hitlérisme, y’avait bien l’idée que la guerre était une solution pour réguler les problèmes internes et les problèmes de logique de pouvoir interne et en même temps le bouc émissaire des Juifs était une solution à la crise du chômage par ce qu’elle était de pire en nommant les Juifs vous voyez, c’est eux qui mènent l’argent, qui mènent les banques et donc si il a des millions de chômeurs, c’est de leur faute et donc de nommer un bouc émissaire où chacun se renvoi dos à dos la culpabilité l’un de trop travailler et l’autre de pas du tout travailler entre celui qui dit : « Mais moi je me lève tous les matins à 7h du matin et c’est à cause de toi que moi je dois payer des impôts parce que toi tu fout rien, tu te lève à 10h du matin ! » et le gars qui à 10h du matin dit : « Si tu arrêtais de péter les plomb à trop travailler la société elle serait pas où on en est, etc. » C’est se renvoyer dos à dos la même culpabilité dit Christophe Dejours dans son livre « A la souffrance en France » et donc à partir du moment où deux populations se renvoient dos à dos la même culpabilité, à ce moment là, c’est la porte ouverte à toutes les perversions et à toutes les catastrophes et donc on est peut-être dans cette logique de métamorphose, dans cette logique de régression sans reconstruction et donc si on est dans cette logique de régression sans reconstruction, il faut dans une logique de métamorphose : « Qu’est-ce qui change ? » « Qu’est-ce qui s’inverse ? » C’est les représentations et les valeurs et je conclus là dessus :
Eh bien on est dans un monde où la société de la liberté et de l’égalité et la croissance, c’était un monde où l’économie englobait la société, le social, lequel englobait la nature qui n’était pas à prendre en compte parce qu’elle était inépuisable et donc on passe à une société où c’est maintenant l’atmosphère et la nature qui nous englobe parce que voici venir le monde fini et donc la contrainte c’est l’atmosphère et la nature qui nous englobent et on va voir avec le peuple, les similitudes etc., dans les prochaines années et donc la biosphère englobe la société et il va nous falloir être les colonies comme un sous ensemble de l’atmosphère et de la société donc le vrai enjeu d’une métamorphose c’est comment on fait pour mettre la société en sous ensemble de l’atmosphère et comment on fait pour produire de la société avant même que de produire de l’économique, alors c’est le social c’est si il reste 2-3 sous une fois qu’on aura gagné la guerre économique tous ils disent ça à droite et à gauche.
Donc on voit bien que là c’est des représentations qui sont en cause dans la métamorphose, l’inversion des représentations et l’inversion des représentations amène l’inversion des valeurs, l’inversion des valeurs c’est évidemment mettre grâce au temps choisi de la Fraternité c’est-à-dire l’échange de don comme prioritaire pour re-fabriquer de la société, mettre après Egalité et Liberté pour produire du lien public et après mettre l’économie de marché en troisième position c’est-à-dire la Liberté en troisième position et donc je conclus en disant : « La sixième République pourrait être Fraternité, Egalité, Liberté avec cette inversion des représentations et à ce moment là, un chèque de temps choisi qui fait revenir le mot Fraternité en première ligne, exactement comme on l’a fait en 1848 quand que les ghettos de riches se sont mis en colère contre les ghettos de pauvres et que ça a fait 3 000 morts c’est là qu’on a intégré le mot Fraternité, qu’on a rajouté aux mots Liberté et Egalité dans la Constitution et donc 3 000 morts, la fin de l’esclavage, Jaurès et l’école universelle, pas pour apprendre la guerre écrite pour que les enfants des riches et les enfants des pauvres sous la même devise puissent apprendre à se parler et se construire les mêmes imaginaires, l’apprentissage de la lecture... Donc à un moment d’une grande rupture, d’un choc entre les riches et les pauvres qui était évident, évident, la croissance des inégalités, elle est considérable, les ghettos des riches et les ghettos des pauvres je les vois en disant « montez dans le sud » on voit des ghettos de pauvres comme en Amérique se monter du côté de Bayonne, on voit de ghettos de riches en apparence sécurisés etc., et à ce moment là vous avez deux attitudes, l’attitude Haussmann qui est de raser les villes qui est de dire : « On rase tout et on refait les villes en étoile et on va renvoyer la force dans les banlieues pour mater les banlieues au karcher. »
C’était Haussmann qui disait ça, il avait pas connu Sarkozy, Haussmann à l’époque et donc c’est la force et rien que la force, et toujours la force, on reste dans du binaire et la logique humaniste qui est ternaire, qui est de dire on ne résoudra pas le problème par la force en 2 ans ou 3 ans, en multipliant par 2, par 3, par 5 les prisons, il nous faut une réponse humaniste et la réponse humaniste c’est de faire un grand chantier de petits chantiers, et le grand chantier de petits chantiers ça pourrait être le temps choisi et avec un service civil-volontaire pour les 18-25 ans et dont les tuteurs seraient justement des héros du temps choisi ou des artisans du temps choisi et pourquoi pas même couplés à des chèques de temps choisi dans les municipalités pour que les conseillers municipaux puissent pendant 2 ans se mettre à mi-temps pour monter une crèche, pour monter ...etc. pour monter plein de biens communs et pas simplement faire de la politique pour la politique mais vraiment donner de la vraie chaire à la démocratie participative et donc avec le chèque de temps choisi, le service civil volontaire dont les tuteurs seraient les porteurs de projets de temps choisi et voir d’autres applications comme le temps choisi pour les conseilleurs municipaux, on pourrait passer d’une société de croissance à une société où on crée, où on élimine la précarité sans la croissance parce que la croissance, il faut 3% de croissance pour mordre sur le chômage et 3% de croissance c’est une catastrophe écologique et il faudra
Tu as parlé de 9 milliards d’individus sur la planète, si j’écoute Thierry Gaudin de la prospective au ministère de la recherche que j’ai beaucoup fréquenté, et que je vois très souvent parce qu’il vient souvent me voir. Lui il dit : « En 2050, si on veut que chaque planétaire vive avec le niveau de vie d’un Européen moyen, il faut qu’on soit 2.5 milliards sur la planète. Or, on risque d’être 9 à 10 milliards, donc vous voyez nous allons vivre dans les prochaines années des ruptures infiniment plus importantes que cette planète utopique, cette économie industrielle faite sur du pétrole et qui a été un petit moment dans l’histoire des humains, c’est-à-dire, la société industrielle pétrolière qui aura été un petit moment tout à fait particulier dans l’histoire des humains si tenté que on puisse et on veuille continuer. Voilà, donc c’était pour resituer le temps choisi comme étant un élément fort de la révolution culturelle dont parlait John Keynes en 1936. Merci.
A. Othelet - Merci François, l’heure est aux questions.
H. Hassoun-Obame - Moi, j’ai deux questions et trois remarques. La première question c’est que j’aimerais bien que me soit ré-expliqué le rapport entre Etat et Egalité et la deuxième question, parce que moi dans mes études, j’ai appris que la dichotomie de la société elle se faisait selon deux schémas : Etat et, globalement société civile donc qui comprend à la fois tout ce qui est organisation humanitaire, etc., associations et puis tout ce qui est marché et liberté, ce qui fait qu’on nous dit : « Ah bah si on oppose l’Etat à la société civile, il faut évidemment promouvoir la société civile puisque l’Etat c’est le grand méchant et donc la société civile doit être promue sans savoir ce qu’on met derrière la société civile sauf que si on divise en 2 la société, ça veut dire qu’on favorise plutôt le marché que justement le don et la réciprocité. Et la deuxième remarque, c’est qu’il y a une autre façon de diviser aussi la société, cette fois ci en trois selon l’économie, c’est-à-dire que le marché, on sait pas ce qui est licite de ce qui est illicite et on dit : « Il y a l’économie d’un côté et tout ça de l’autre et le troisième c’est l’Etat et ça ça représente à peu près 20% des échanges et puis comme il y a de ce qui est illicite dedans, enfin ce qui est illégal, peut-être que ce n’est pas une bonne idée de développer trop ce truc donc il vaut mieux rester au développement du marché et au développement de l’Etat plutôt que de développer ça. » Alors c’est l’autre remarque et puis la dernière remarque c’est que dans l’idée du Titanic, il peut y avoir aussi l’idée du Darwinisme, c’est-à-dire les plus résistants, ils résistent le plus longtemps et les autres meurent et c’est la sélection naturelle qui se fait selon les critères de résistances. Ma deuxième question c’est : « Comment de combattre cette façon de voir les choses et la société et comment arriver à faire émerger cette autre idée, ce don de la réciprocité dans une société qui est vraiment très vulnérable et avec des politiques qui sont carrément autistes. »
F. Plassard - La première vision ... disait les sciences n’évoluent pas simplement par accumulation de connaissance, elles évoluent aussi par transformation des principes organisateurs de cette connaissance et en disant ça, à partir du moment où on nomme autrement les catégories, où on fait de nouvelles catégories, c’est là qu’on se dit, la société est en train de changer puisque elle ne fabrique plus les mêmes catégories, donc notre néo-cortex qui est abstrait lui il met les choses en catégories et donc on voit bien que là vous avez d’autres catégories que vous avez apprises, je sais pas, à l’école, la fac, etc. et que la société se résume à l’Etat d’un côté et la société civile de l’autre, où se trouvent les entreprises ? Les entreprises se trouvent dans la société civile ?
H. Hassoun-Obame - Oui et c’est justement le danger parce que la société civile est vue comme le libérateur et l’Etat comme la contrainte et donc on favorise juste l’un ou l’autre, l’idée elle est là.
F. Plassard - Mais quel sont les profs qui vous on raconté des choses pareilles ? Parce que ce que je connais et qui me paraissait fort, c’est la vision de Dumézil qui est les guerriers, c’est-à-dire qu’à partir de moment où on s’est sédentarisé, les guerriers, le pôle du religieux, qui dit le vrai ou le faux ? Puisque l’invention des religions monothéiques s’est fait au moment de la sédentarisation et donc à partir du moment où on est plus 20-30 et des communautés de 1 000, 10 000, 100 000 et à ce moment là c’est là que se crée une verticalité pour réguler la violence, notamment la violence fratricide, de Cahin et d’Abel en termes d’image symbolique forte et c’est là que René Girard par le du désir mimétique et qu’il que l’homme est un être de désir, une fois qu’il a satisfait tous ses besoins, il désire encore quelque chose, si on met 10 gamins en face de 10 objets et qu’on donne un objet à un gamin, les 9 autres gamins veulent l’objet qu’on donne au gamin et ils veulent délaisser les 9 autres et pourtant à un an ils sont comme ça donc on voit bien que il y a une part de vrai, je dis bien une part de vrai dans le désir mimétique, c’est-à-dire, le désir du désir de l’autre et donc René Girard en à fait la base de l’idée de la violence collective et à ce moment là, il faut réguler, de créer une verticalité à un Dieu qui dit le vrai et le faux, qui va devenir le Roi, représentant de Dieu sur terre ?
Les guerriers et puis ici les travailleurs, je trouve les visions de Dumézil assez pertinentes parce que là évidemment je mets dans les guerriers, dans les guerres de territoires, les guerriers sont les défenseurs du territoire, puisqu’on stocke la nourriture, il faut défendre, donc les guerriers dont une caste importante pour défendre les stocks, pour défendre les territoires et maintenant pour aller piquer le mètre carré de part de marché ailleurs donc, les guerriers, c’est le pôle des l’entreprises, c’est bien le pôle du marché, le pôle du religieux, c’est bien le pôle de l’Etat qui fait les lois, qui dit le vrai et le faux, les lois importantes pour la propriété d’abord et pour la division des tâches et du travail donc les écrits se développent pour ça et les lois se développent pour la division du travail, la spécialisation du travail, pour les codes de propriété et les transmissions de propriétés. Donc il faut bien un pôle du religieux, du pôle de l’Etat qui dise ça : la justice, la police etc. et puis les travailleurs c’est ceux qui finalement travaillent pour ces gens-là et c’est là que je mettrais plutôt la société civile, dans ce pôle là donc je pense que ce triangle là : marché/Etat/et don et réciprocité qui correspond au pôle Liberté/Egalité/Fraternité me paraît assez conformes à la vision de Dumézil, des sociétés Indo-Européennes, plus juste (au sens de justesse) que de dire il y a la société civile et puis l’Etat et les entreprises elles sont dans la sociétés civiles, ça me paraît plus réducteur, plus pauvre comme vision.
H. Hassoun-Obame - C’est la pensée de beaucoup de gens et je sais pas comment arriver à les convaincre que ce n’est pas forcément ça.
F. Plassard - Une révolution culturelle c’est justement, c’est réinterpréter l’histoire, relire l’histoire et pour refaire, reconstruire les catégories signifiantes, c’est ça l’enjeu d’une révolution culturelle. Après vous dites, le Titanic et le Darwinisme, c’est vrai que l’image du Titanic amène l’image d’une injustice sociale énorme entre ceux qui sont en première, deuxième, troisième et quatrième classe, les premiers qui sont morts dans l’eau froide c’est ceux qui étaient dans les dernières classes et dans les dernières classes, il y en a peu qui s’en sont sortis. Alors c’est vrai que dans cette image là, il y a l’idée d’une injustice sociale dans les catastrophes, on le voit bien avec l’Inde, on le voit bien avec ce qui s’est passé en Amérique, c’est-à-dire, dans les catastrophes nous ne sommes pas tous égaux et donc c’est ça dont il faut réfléchir. Moi, je préférerais dans l’idée d’une révolution culturelle, dire la logique du Titanic c’est que on est inconscients, on est autiste face à des dangers qui viennent de l’extérieur et en fait, c’est le fracas de l’histoire qui fait qu’on n’a pas su anticiper sur les dangers qui viennent de l’extérieur, la crise sociale, la crise écologique et la crise monétaire mais c’est de dire mais si, si on anticipe c’est-à-dire, si on fait une révolution intérieure pour se mettre en phase avec ces dangers extérieurs, à ce moment là on est plus proche de l’image de la Métamorphose, où il y a une double force intérieure et extérieure donc cette double force intérieure et extérieure, elle me fait plus ressembler à ce que moi, de ma formation biologique j’ai appris de la métamorphose, où là, il y a vraiment tout un travail de la société sur elle-même qui est un travail dans l’invisible, j’ai le sentiment que la société travaille en ce moment beaucoup sur elle-même mais dans les parties invisibles et notamment dans le rapport à soi, le rapport à l’autre parce que le rapport au collectif, c’est une chose, mais le rapport à soi-même, le rapport à l’autre, c’est une autre chose et c’est vrai que le marché nous a "déculturé" dans le rapport à nous-mêmes et le rapport à l’autre, Alain Simmel, grand économiste disait : « Le marché c’est ce que les hommes ont inventé pour éviter de se regarder en face. » On voit bien l’argent dans les conditions limites, nous à l’ALDA on avait travaillé sur la drogue et la prostitution et on voyait bien, si l’argent est important dans la prostitution c’est justement parce que en payant, si la prostitué elle est payé, c’est aussi la preuve à elle-même qu’il n’y a pas eu d’échange émotionnel, c’est dire pour annuler la dette, pour éviter justement qu’il n’y ait pas de relations humaines, tout le monde dit : « Il faut inventer une société où les relations humaines sont au centre. » On entend tout le temps ça mais justement la marché, c’est ce que les hommes ont inventé pour faire en sorte que l’homme ne soit pas au centre, les cas limites sont là pour le montrer, le marché se porte mieux quand vous avez une machine à distribuer entre vous, entre le producteur et le consommateur et plus la distance est éloignée entre celui qui produit et celui qui consomme, mieux le marché se porte dans les circuits longs d’échanges. Et dans la prostitution l’argent est nécessaire pour prouver justement qu’il ne s’est rien passé, il n’y a pas eu de vibrations émotionnelles donc on voit bien que on a été "déculturés" à partir du moment où on a voulu faire en sorte que tous nos a*échanges, que 100% de nos échanges passent par le marché et donc on voit bien que de remettre le marché à sa juste place, qu’il n’aurait du jamais quitté et à ce moment là, de redonner du poids aux politiques pour construire des biens publics, et il y a des choses qui par nature, l’eau, etc. sont d’évidence des biens publics et puis il y a des choses qui par nature sont des biens communs, c’est des reconstruits collectifs en permanence, un paysage, etc. c’est des reconstruits collectifs, c’est des biens communs. Et donc on voit bien que là, on est plus dans le domaine de la société civile, du don et de la réciprocité , de quelque chose qui se reconstruit en permanence dans un rapport permanent à l’autre. Et donc pour moi le problème de la société actuelle, il est d’un rapport à l’autre qui doit être retravaillé et ce rapport à l’autre qui doit être retravaillé, il se retravaille par un rapport à soi-même et toute la peur, et toute l’idéologie de la peur, elle est quand même vachement importante pour le complexe militaro-industriel puisque les 1 000 milliards qui sont le marché de la peur, 1 000 milliards de dollars par rapport à ces 50 milliards qu’il faudrait pour qu’il y ait de l’eau potable, vous voyez le rapport, il est colossal. Le marché de la peur a conquis les médias, c’est-à-dire que 80% des médias avec Dassault et Lagardère contrôlent 80% de la presse et des médias donc c’est dire que les médias ont donc intérêt à produire de l’image, et la production de l’image est une production de l’émotionnel sans explication et donc c’est fantastique de voir que l’image elle produit des images de violence etc. sans explication, c’est vos mettre dans une attitude de non explication, une image de violence vous ne savez pas qui est le tenant, l’aboutissant, l’histoire, etc. et donc on ne vous laisse que sur l’image émotionnelle, et là ça ne peut qu’amplifie la peur et donc l’alliance des médias et l’alliance des dépenses d’armement est quand même assez considérable et si vous rajouter l’alliance de la publicité en plus puisque les télévisions elles fonctionnent avec la publicité, vous rajoutez aux 1 000 milliards, 500 milliards de publicité, vous comprenez bien que la publicité c’est mettre l’individu en position, en posture psychosociologique de consommer, c’est-à-dire, comme le disait le patron de TF1 : « Mon boulot c’est de vendre des pièces de théâtre, de cinéma, etc. pour mettre en attitude de consommer la pub, mon vrai boulot de télévision c’est faire consommer les produits publicitaires et d‘emballer tout ça d’ambiance émotionnelle, de films, etc. peu intéressants pour mettre le spectateur en attitude de consommateur. »
H. Rebrab- On pourrait souscrire à cette philosophie mais je crois qu’il faut revenir sur terre parce qu’on ne vit pas en cercle fermé, malheureusement, avec cette mondialisation et comme on dit "le bonheur appartient à ceux qui se lèvent tôt"
(Changement de cassette)
F. Plassard - En 14, si c’est pas moi qui le tue, il va me tuer, donc il vaut mieux que ce soit moi qui le tue...
H. Rebrab - Oui mais voilà, finalement si vous faîtes la grâce matinée pendant que le chinois il se lève à 5h du matin en fabriquant des micros, lui il aura fabriqué 500 micros et vous en faisant grâce matinée (c’est mon cas ! - rires) eh bien vous n’en n’aurez produit que 10. Alors lui il peut se permettre de vendre ses micros à 1euro et puis vous vous aurez du mal de les vendre à 1euro. Vous voyez c’est une machine économique contre laquelle on ne peut rien, c’est presque comme disait le slogan, c’est "la force tranquille économique" je pense que même les politiques ou les industriels disons en France, ce genre de mouvement leur échappe, ils ne maîtrisent plus, ce qui fait que l’industriel aujourd’hui qui fabrique des chaises à Belfort par exemple, il s’aperçoit que le coût de fabrication, il encore 10 fois plus cher que le prix de détail en Chine, alors soit il s’externalise soit il meurt. Si c’est un lutteur, il veut pas mourir, il dit : « Bah ma foi, qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? Il faut produire là-bas pour ramener ici, c’est la réalité ça. »
Bon maintenant quand je travaillais je souscris à ce genre philosophie, à ce genre de rêve mais dans la réalité, parce qu’on a vu par exemple les Kibboutz en Israël, c’est fini, pourtant, ils ont essayé ou bien le collectivisme en Russie, c’est pareil, ils ont essayé. La nature humaine, l’égoïsme, je dirais que l’égoïsme, il est au dessus de tout, ce qui fait que l’égoïsme humain ne joue pas de jeu, on va venir ici, on va se mettre ensemble pour créer quelque chose, il y en aura 3 ou 4 parmi nous, avec le temps qui finirons par traîner des pattes pour vivre sur notre dos, ce qui fait que le jeu sera faussé, c’est pour ça que je dis l’égoïsme humain il domine tout et il fausse le jeu et après on revient à l’histoire de Darwin et « que le meilleur gagne ! »
S. Molina : - Moi j’avais une question, par rapport à l’expérience que vous avez eu pendant deux ans, et puis l’autre question c’est comment concrètement mettre en place le système que vous avez mis en place ?
N. Ould - (Inaudible) ?- Moi je partage la démonstration que vous avez faîtes avec le schéma Etat/Marché, don et réciprocité la seule chose que je pourrais dire, vous le savez déjà je pense, c’est le fait qu’il y a déjà des gens qui se sont engagés une troisième fois sur l’école du marché communication, santé, environnement, culture, bon je vais parler du domaine que je connais le plus : le social, une loi a été votée très récemment où on parle des (inaudible) etc. On rentre dans l’école du marché même à ce niveau là, alors effectivement y’a une doctrine autour de ça qui dit qu’on va mettre (...) mais en fait l’objectif principal c’est qu’on arrive à un moment donné au secteur qui était avant associatif, ou d’autres deviennent un secteur marchand parce que des sociétés privées à l’aube 2007-2 008 peuvent ornementer des foyers, comme on l’a fait avec les maisons de retraite, comme on l’a fait avec la loi d’action au niveau social. Alors effectivement ils expliquent ça, c’est vrai que maintenant, on s’est lancé on crée des emplois de service pour s’occuper des personnes âgées, pour s’occuper des personnes handicapées parce que on se rend bien compte, que évidemment tout l’emploi (...) comme vous dites va disparaître petit à petit mais comment on peut éviter parce qu’on est quand même dans un système qui est basé sur l’économie de marché, comment on peut reprendre ce qu’on perd du coup parce que même dans le social (...) la société, l’économie des biens, du coup même si c’est quelque chose qui était déjà ancré dans l’imaginaire collectif jusqu’à présent comme quelque chose qui était dans la société de biens, bascule c’est-à-dire que le dernier bastion de résistants, et de travailleurs sociaux et d’associations de parents ou d’autre qui voulaient justement maintenir cette économie de biens basculent dans l ‘économie de biens et là vous nous proposez de re-basculer tout ça, tout ce système là pour rééquilibrer les trois pôles et pour qu’il y ait un échange de qualité entre (...) , moi je suis tout à fait d’accord mais le problème c’est que, c’est vrai que on est plus dans le sens inverse.
F. Stortz - Moi je vis la même que toi en pire en formation continue dans un sens c’est encore pire, t’es pas obligé de jongler avec tous les goûts tu peux faire de la résistance, moi c’est ce que je fais. Je mets mes valeurs en avant.
Moi je voulais juste poser une question à M. Plassard, je pense que vous connaissez Alain Caillé, il dit quoi lui par rapport au temps choisi parce que ça ressemble quand même beaucoup à Patrick Viveret, et je connais bien aussi l’anthropologie du don pour avoir réfléchi à cette question parce que je trouvais que c’était un des plus beaux sujets de l’anthropologie. Bon, Alain Caillé qui réfléchit beaucoup de manière théorique parce que il est philosophe de formation, anthropologue aussi, le marché, l’Etat, le système du don, il pense quoi de votre temps choisi ?
F. Plassard - Je n’ai pas eu l’occasion d’en discuter avec lui, je pense que, moi je suis un agent de développement territorial donc c’est comment de l’incarnation concrète à la logique du don et de la réciprocité, Alain Caillé, il reste dans la théorie, on a pas tous les mêmes Karmas, moi j’aimerais donner de l’incarnation à l’anthropologie du don et alors, on me dit je suis utopique, ça m’amuse parce que j’ai l’impression que c’est la société qui est utopique parce que c’est les fracas de l’histoire qui vont être terrible et que le totalitarisme, l’Etat, je suis bien d’accord avec vous, le totalitarisme du prolétariat on a bien vu ce que ça a donné, on voit bien dans la famille aussi, le totalitarisme de communauté closes sur elle-mêmes, la famille ça peut aussi être violent quand c’est un totalitarisme bouclé sur lui-même mais on est en train de voir, la violence d’un totalitarisme de marché, moi je dis simplement qu’on recréer les conditions de 1848, de ghettos de riches et de ghettos de pauvres et que si il y a 15 000 voitures qui ont brûlées et bien demain ça sera 30 000 puis 50 000 et puis quand on aura 50% des humains en prisons bah ça sera le meilleur qui gagnera mais à un moment donné on se dira que ça ne peu plus durer donc c’est les fracas de l’histoire et quand la fuite en avant du marché, à ce moment là, le changement climatique sera : on est 0.5 degrés, on sera, les plus optimistes disent : +2° et les plus pessimistes : +5° à ce moment on verra les violences que ça amènera, les violences, l’augmentation du niveau de l’eau, etc. Alors là les histoires des Canaries et des Boat People dans les Canaries, 2 000 personnes, ça nous paraîtra anecdotique par rapport aux grands mouvements de populations etc. Si on veut que l’aboutissement soit la barbarie généralisée ça me paraît être la bonne voix vers laquelle on va donc si on veut un aboutissement de barbarie généralisée, il y aura peut-être des gens qui diront : « On revient à l’Islam et on remet des prêtres et des gourous pour calmer et on va refaire des communautés bouclées sur elle-mêmes, avec une religion hyper sévère. » Et tout ce qu’on aura gagné de liberté etc. on régressera. Mon problème, il est d’essayer de dire on vit dans un moment de rupture de l’histoire et comment on peut relire notre passé pour essayer de prendre du meilleur de l’héritage de notre passé sinon, j’achète le livre qui est maintenant dans toutes les librairies : »L’humanité va disparaître, bon débarras ! » et puis j’achète le livre et je dis : « Quand est-ce le débarras de l’humanité ? »
H. Rebrab - Je souscris à ce que vous dites mais ce que vous dites là, c’est vécu en Afrique sans les religions, la solidarité, et tout ça, d’ailleurs on disait qu’il y en a un qui travaille pour 9 ou pour 12, y’a une solidarité qui se fait mais malheureusement ce rouleaux compresseur de l’égoïsme planétaire gagne même ces pays là, on a déjà dit au Maghreb, il existe pas d’hospice c’est inimaginable, maintenant les gouvernements, ils sont obligés d’en créer, vous voyez la contagion, c’est un peu comme la civilisation, je fais le parallèle avec la civilisation hamburger Américaine qui nous arrive ici, on arrive pas à contrer ça, en Afrique, c’est pareil. Alors ce genre de philosophie, on peut y souscrire mais il faut se rendre à l’évidence...
F. Plassard - Que le marché va gagner de manière totalitaire et totalisante, c’est ça ?
H. Rebrab - On peut pas dire que l’humanité, la moitié des maladies va dépérir, et puis il vaut mieux que on puisse vendre des micros à 1euro parce que la Chine le fait à 1euro donc ça tient pas, si on fonce tous dans un train à 200 à l’heure vers un mur, on sait qu’on va s’écraser, on tire le frein, et puis tourner et aller ailleurs, faut faire demi-tour sinon c’est pas possible ce discours là, certes il y a des gens qui pensent qu’il vaut mieux qu’on continue cette compétition économique mais bon on peut plus aller plus vite parce que là...
A. Othelet - J’interviens juste simplement, pour dire que l’on va devoir conclure parce que l’IDEE est resté ouvert pour nous ce soir, pour répondre quand même et ne pas frustrer Sylvie Molina qui vient de loin aussi, la réponse sur l’expérience, l’expérimentation en Rhône-Alpes sur le démarrage en deux mots et puis comment, pourquoi ça s’est terminé ?
F. Plassard - Oui, l’expérimentation, nous on a démarré ça, on était d’abord 4-5-6 puis après 13 copains en bouffant une fois par semaine dans le même resto et en menant une stratégie tous azimut pour arriver à convaincre et voir : « Moi j’ai vu le directeur du travail, il m’a dit ça, moi j’ai vu untel chez tel chef d’entreprise etc. » Et progressivement on a mené une stratégie avec notre petite équipe multidisciplinaire et en comprenant bien qu’on présentait le temps choisi sur des registres différents en fonction des acteurs, on voit bien qu’actuellement en 2006 il y a plusieurs manières de présenter le temps choisi, y’a l’idée, ça peut être les 35 heures autrement, plutôt que, si Hollande passe et est président de la République qui dit : « Maintenant tout le monde va passer aux 35 heures. » On peut dire y’a peut-être une manière plus intelligente de faire les 35 heures avec les petites entreprises avec le chèque de temps choisi, c’est moins traumatisant, ça peut être cette entrée là, l’autre entrée c’est dire : « Oui d’accord mais vous voulez faire un service civil pour les jeunes qui nous on grillé des bagnoles et qui vont nous en re-griller des milliers si ça continue etc. » Donc on les enferme tous dans des prisons ces jeunes ? Ou alors émerge l’idée d’un service civil pour les jeunes, oui mais qui va former ces jeunes, est-ce qu’on va mettre des militaires qui coûtent fort cher ? Des travailleurs sociaux hyper spécialisés pour mater ces jeunes pendant 5 ans ? On voit bien que les volontaires du temps choisi, d’abord ça coûterait pas cher et en même temps, c’est des individus qui sont infirmières, techniciens, ingénieurs, ouvriers qui vont être des tuteur de ce grand chantier, ça ça me paraît tout à fait réaliste. Ça peut être cette entrée là, mais ça peut être plein d’autres entrées le temps choisi, ça peut être l’entrée santé en disant vous voyez bien que le coût de la santé par le travail et la drogue du travail ça coûte très cher à tout le monde, donc suivant les interlocuteurs on peut utiliser... Vous voyez bien ce monde associatif qui crève, il est en sous-traitance de l’Etat et des collectivités territoriales, bon le chèque de temps choisi, c’est un moyen d’autonomiser les associations plutôt que d’avoir des associations sous-traitantes de électoralisme local, c’est une autre entrée et ainsi de suite...Il y a plein d’entrées qui montrent que le temps choisi, alors peut-être que ni la gauche, ni la droite ne voudra du temps choisi et on peut imaginer aux états généraux de la décroissance qui vont avoir lieu cet été et que si c’est un parti de la décroissance qui cristallise ses nouvelles idées, que le bonheur intérieur brut n’a plus rien à voir avec le produit intérieur brut et que du tout on peut créer de l’emploi sans la croissance grâce au temps choisi, peut-être que à ce moment là, le nouveau courant se sera ni le parti socialiste, ni Sarkozy, ça sera les états généraux de la décroissance et le temps choisi pourra être un élément moteur de ces états généraux de la décroissance. Mais bon je suis pas Madame Soleil, je sais pas ce qu’il se passera mais je sais que il y a de plus en plus de gens qui ne se reconnaissent pas dans le discours de l’élite et dans l’histoire de nos sociétés, il y a de nombreux moments où le peuple ne se reconnaît plus du tout dans le discours de l’élite et peut-être qu’on est à ce moment là où le peuple ne se reconnaît plus du tout dans le discours de l’élite qui lui est enfermé dans un paradigme de la croissance et avec son propre vocabulaire et pour peu que les ghettos des riches et les ghettos des pauvres s ‘amplifient, il va se créer des niches écologiques, des niches imaginaires qui ne se rencontreront plus, moi même ça fait longtemps que je ne regarde plus du tout la télé, je vis totalement autrement depuis quelques années et donc je vois bien que je me fabrique un imaginaire, que je me fabrique des représentations mentales etc. qui n’ont plus rien à voir avec mes copains d’il y a 5 à 6 ans, alors je l’utilise comme une richesse et pour l’instant c’est une richesse mais il pourra y arriver un moment où se sera une telle différence que ce sera plus une richesse..
A. Othelet - Juste en deux mots de fin, pourquoi en Rhône-alpes ?
F. Plassard - La fin c’est que si Antoine Martin, qui était le président national de l’ANPE en avait (inaudible) du Monde diplomatique qui nous parrainait, Alain Lobau journaliste économique du Monde qui nous parrainait, qui nous avait fait une cassette, que je pourrais vous passer d’ailleurs de 6 minutes sur le temps choisi, on avait RFI, c’était Radio France Internationale sur le temps choisi, Jacquart après a passé mon bouquin, Viveret parrainait plus ou moins mais bon un peu timide quand même. C’est vrai que quand il était à la DIESS, il aurait pu pousser là-dessus, et que quand il y avait Hascoët, la DIESS, Viveret, Jacqueline (inaudible) il y aurait pu avoir de tous ces gens là une convergence pour dire : « Voilà, maintenant, on y va ! » et on l’a pas fait, on a pas eu le courage de la faire. Il aurait pu y avoir une convergence historique, en tout cas, Martine Aubry n’en a pas voulu, elle voulait ses 35 heures et rien que ses 35 heures, et donc la psychorigidité de Martine Aubry alors qu’on lui a envoyé 11 fois le dossier et qu’on a essayé de la joindre même par Antoine Martin etc. le président national de l’ANPE. Donc à mon sens, il faut des questions sur les psychorigidités de la gauche. René Passet dirait : « C’est le consensus de Washington, c’est-à-dire, direct à partir de 75 la gauche a intériorisé l’idée des (...) alternatives. » Mais il n’y a pas d’alternatives au capitalisme et donc René Passet dirait : « C’est le complot Mme Thatcher et Reagan qui a réussi, c’est-à-dire de démontrer qu’il ne peut pas y avoir de systèmes alternatif au capitalisme et le socialisme il a intériorisé cette idée, on ne peut que aménager à la grande périphérie le capitalisme pour le rendre un peu moins difficile mais il n’y a pas d’alternatives voilà. Donc pour moi, il y a la gauche qui pense qu’on peut que mettre du cacher d’aspirine au capitalisme et puis y’a la gauche qui dit non, y’a un travail de révolution culturelle à faire, pour repenser un système et lequel et moi je dis, une ré interprétation de la richesse de notre histoire et donc de dire il y a trois logique à combiner et la logique du vivant, c’est quand il y a l’impossibilité d’une logique de s’imposer à d’autres logiques. Voilà.
Donc, on verrait en deux mots, le temps choisi pour éliminer la précarité et le plein emploi en situation de non croissance, on y rajouterait la ré-appropriation par le peuple, le pouvoir de battre monnaie parce que ça aussi pour moi, c’est la plus grande des impostures de la création monétique par les banques, vous payez 15 000 euros d’impôts par ans pour rembourser des intérêts à des banques qui ont crée du capital à partir de rien, donc ça la deuxième idée c’est redonner aux politiques le pouvoir de battre de monnaie, il y aurait la troisième idée qui serait le RMA c’est-à-dire autant le revenu maximum acceptable en même temps que le revenu minimum d’activité, avec le temps choisi et vous rajouterez quelques outils de Démocratie participative, notamment les conférences de citoyenneté et des outils par Internet et avec ces 5 choses là, on fait une vraie révolution culturelle tout le reste ne viendrait que de surcroît avec ces 5 choses là, ça serait totalement lisible par le plus grand nombre.
A. Othelet - Merci, voilà une conclusion optimiste parce que c’est vrai que auparavant : « Il n’y a pas d’alternatives au capitalisme », je croyais que tu allais t’arrêter là, je me suis dis voilà, il va falloir qu’on arrive à transformer cette conclusion pessimiste en optimiste et c’est tout à fait optimiste. C’est l’ambition de Démocratia et de la Maison de la Citoyenneté Mondiale que de transformer toutes ces perspectives un peu pessimistes en optimistes et c’est pour ça qu’on vous donne rendez-vous pour poursuivre le travail parce que l’idée de ce soir, vous l’avez bien compris, n’était pas seulement de se retrouver en conférence, mais c’était plutôt une conférence travail. Donc, cet après-midi et ce soir nous avons bien travaillé sur la question du temps choisi tant sur le plan théorique que pratique. L’idée est de se retrouver à présent avec nos réseaux respectifs, d’aller rencontrer les élus locaux et régionaux pour essayer de véritablement mettre en œuvre ce dispositif. Alors on va laisser passer bien sur la coupe du monde, les vacances d’été et on se retrouvera en septembre démarrer ce chantier. Mais avant il y a quand même une dernière conférence le 19 juin sur un autre thème mais qui n’est pas complètement déconnecté de ce soir c’est "travailler avec les quartiers en difficulté" avec Carole Dane, çela se passera à la maison du Peuple.
F. Plassard - Juste une petite phrase qui vient de Sénèque et qui me paraît fortement d’actualité à cause du pessimisme et de l’optimisme, moi je pense parce que j’ai Albert Jacquart, Muller la semaine dernière et je leur ai dis : « Mais vous terminez toujours par une note d’espérance, Sénèque disait, "il faut désapprendre à espérer pour enfin apprendre à vouloir" » et peut-être que l’évangile de la perdition, d’Edgar Morin nous apprendra davantage à reconquérir le pôle de la fraternité que de toujours vouloir terminer par une note d’espoir donc je dirais mon attitude à moi, c’est l’attitude de la désespérance qui peut induire plus de fraternité et à ce moment là me mettre dans une logique de métamorphose en attitude de dire maintenant on va repenser les choses autrement. Donc, désapprenons à espérer pour apprendre à vouloir peut-être quelque chose qui ressemble à ceci.